Quand TDAH rime avec succès : Julie Arbic en témoigne

TDAH Adulte succès

Témoignage de Julie Arbic, éducatrice spécialisée et propriétaire du Répit chez Julie

J’ai rencontré Julie pour la première fois lors du salon de l’autisme à Laval. J’ai été touchée par la grande énergie qu’elle dégageait ainsi que par l’immense sourire qui illuminait son visage. Alors lorsque j’ai lu sur Facebook qu’elle acceptait parfois le coup de main d’intervenant bénévole dans sa maison de répit, j’ai eu envie de me porter volontaire.

J’ai donc eu la chance de passer une journée à faire des confitures de fraise en sa compagnie, celle de ses résidents et de mes enfants. Je sais que ceux qui me connaissent doivent se dire que je devais vraiment être en contexte de bénévolat pour m’embarquer dans l’aventure de « faire des confitures », mais là n’est pas le sujet!

Je me permets de faire une autre parenthèse concernant le bénévolat. Il s’agit d’une excellente activité à faire, d’autant plus avec vos enfants! Ils apprennent ainsi l’entraide, la générosité, le partage, etc. De plus, vous aidez un organisme ou une personne à réaliser sa mission à plus grande échelle. Vous faites une réelle différence! Que c’est valorisant! Excellent pour l’estime de soi!

Ok, mon éditorial sur le bénévolat est fait! Toujours est-il que durant cette journée de bénévolat au Répit chez Julie, j’ai découvert une intervenante humaine, empathique, dévouée ainsi qu’un une femme généreuse et débordante d’énergie. Je suis très heureuse qu’elle participe au calendrier TDAH et qu’elle ait accepté de nous partager son témoignage que voici :

1. Comment as-tu su que tu avais un TDAH ?

Étant éducatrice spécialisée, je savais depuis plusieurs années que ma fille avait un TDAH. Je lui offrais des outils pour son organisation et sa gestion des émotions puis on mettait en place toutes sortes de manèges pour l’aider à apprendre et à étudier.

Lors d’une rencontre avec mon médecin de famille, alors que j’en étais à mon 2ème arrêt de travail pour épuisement en 2ans, celle-ci m’a tout simplement rappelé que ma fille avait un TDAH et que ceci était héréditaire. Je le savais déjà pour l’hérédité, alors je lui ai répondu que je ne croyais pas que le père avait un TDAH. Sa réponse a été très spontanée : « Ce n’est pas du père que je parle! Ce n’est pas lui qui est assis dans mon bureau ! » Et BANG !!!! MOI ?!?!?

Malgré le fait que je côtoyais régulièrement des parents ayant des enfants TDAH et que je les aidais à remplir les formulaires pré-diagnostiques, je ne m’étais jamais arrêtée à me questionner sur moi-même ! Je ne croyais pas que les difficultés se poursuivaient jusqu’à l’âge adulte ! Pour moi TDAH signifiait beaucoup plus : la bougeotte, la difficulté à se concentrer, à contrôler son impulsivité, etc… Ce que moi je n’avais pas réellement à ce moment-là.

Plus jeune, j’étais celle qui s’effaçait du lot, que personne ne voyait. J’étais lunatique, plutôt solitaire et je ne voulais pas prendre de place de peur de déranger. J’étais excessivement gênée et par-dessus tout, j’avais de la difficulté académiquement. Tout semblait tellement toujours plus facile pour les autres! Mon estime personnelle a commencé à descendre drastiquement.

L’arrivée de mes filles, alors que je sortais tout juste de l’adolescence, a tout chamboulé cet univers et m’a donné de la force et de l’estime personnelle. Pour elles, je me devais d’avancer dans la vie!

J’ai décidé de changer et de m’extérioriser mais je crois que c’est là que le TDAH a le plus ressorti. J’étais maintenant celle qui parlait tout le temps, qui n’attendait pas son tour de parole, qui prenait de la place, qui s’imposait, qui parlait à tout le monde mais sans jamais tenir d’amitié réelle. J’essayais de m’intégrer socialement mais sans m’en rendre compte, je ne respectais pas toujours les règles sociales.

Au travail j’étais celle qui était partout où il y avait de l’action. Mon corps devait bouger et mes neurones être constamment utilisées. La procrastination était à son honneur. Je préférais de loin être avec les jeunes que devant mon ordinateur pour remplir des papiers!

2. Quels défis le TDAH met-il sur ton chemin ?

Je dirais que plus j’avance, plus je me rends compte des défis que je dois affronter à chaque jour puisque malgré le fait d’avoir un TDAH, je suis travailleur autonome alors je comble tous les postes de la compagnie. J’ai toujours pleins de projets en tête et j’aimerais être capable de les rendre viables du jour au lendemain ! J’ai plein d’idées que je réussis souvent à en mettre en place, par contre, le maintien est plus difficile. La ROUTINE, la structure organisationnelle et les suivis réguliers que ça implique, c’est tout ça qui est difficile à maintenir une fois le projet réalisé.

Autre défi : la fameuse PROCRASTINATION !!! L’art de toujours remettre à plus tard et l’art du « tout faire à la dernière minute » ! À tous les jours, je dois faire face à cette difficulté et me pousser à passer par-dessus.

Mon dernier défi est celui de vivre toutes mes journées comme si elles étaient des montagnes russes : « UP and DOWN ». Je suis très près de mes émotions ainsi que de ceux des autres et je travaille à tous les jours sur mon estime de moi. Si je n’ai pas d’objectif valorisant dans ma journée (soit pour moi ou pour les autres), je tombe en mode « DOWN » . Cet état perdure de quelques heures à quelques jours puis il s’arrête au moment où je me décide enfin à reprendre le contrôle de mes émotions et à avancer.

3. Comment parviens-tu à relever ces défis ?

Je ne cacherai pas, qu’au début, je croyais que la médication ne me servirait que le temps de me remettre sur pied et de me trouver des moyens pour continuer sans elle. J’ai souvent essayé de l’arrêter pour me prouver que je n’en avais pas besoin et que j’étais apte à prendre ma vie en main sans aide pharmaceutique. Lorsque je suis en UP, en action, en projet, tout va bien. Toutefois dès qu’une certaine routine doit s’installer, le DOWN revient au galop. J’ai essayé de pousser mes limites sans médication, mais au bout du compte je m’épuisais puisque ça me demandait encore plus d’efforts. La médication m’aide à focaliser, me donne l’énergie positive pour avancer et éloigne mes pensées négatives qui rabaissent mon estime personnelle.

Mes autres stratégies :

  • Organiser mes journées la veille ou le matin-même.
  • Me donner de petits objectifs à la fois.
  • Si je me rends compte que ce n’est pas une bonne journée, alors je me permets de prendre une pause de demi-journée et reprendre plus tard.
  • J’accepte que certaines journées ne soient pas bonnes et productives.
  • Avoir un carnet exclusivement réservé à ce que je fais dans la journée. C’est valorisant voir ce que l’on a complété dans la journée et ça aide à garder le focus pour terminer la tâche sans en entreprendre une nouvelle.
  • Et… je me parle. Je me parle beaucoup. Je me ramène à l’ordre et je me pousse à avancer. « Allez, continue, il n’en reste pas beaucoup, ça ne sera pas long ! » Comme si quelqu’un d’autre me soutenais. Je me dis que lorsque j’aurai terminé je serai fière de moi et je pourrai enfin passer à autre chose.

J’avais une très faible estime de moi avant de décider de quitter l’endroit stable où je travaillais depuis 10 ans. Je devais performer autant que les autres et je n’y arrivais pas puisque je devais suivre un moule. Je me trouvais tellement « poche » en comparaison aux autres! Je me savais différentes dans ma façon de penser. J’ai suivi mon instinct et je peux maintenant laisser libre cours à ma différence sans jugement ni comparaison.  

4. Quelles sont les forces et caractéristiques qui contribuent au succès.

  • Ma capacité à m’adapter et changer mes plans rapidement,
  • Mon sens humain très développé,
  • J’accepte régulièrement de sortir de ma zone de confort (je ne sais même plus si j’en ai une, zone de confort).
  • Lorsque j’embarque dans un projet, j’embarque à fond, je défonce les portes là où les autres abandonnent.
  • Malgré la peur et l’insécurité, je continue et vais jusqu’au bout de la situation.
  • Mon imagination ainsi que mon énergie me permettent de travailler du matin au soir (lorsque je suis en projet).
  • Ma facilité à voir le positif de chaque situation.

Toutes ces forces font en sortes que je suis capable de poursuivre mon rêve; peut-être pas toujours en ligne droite, mais je suis convaincue que je vais le réaliser!

Je remercie Julie pour son témoignage sincère et authentique. L’estime et la confiance en soi sont des éléments souvent très affectés par le TDAH. Il importe de les nourrir et de les cultiver tout au long de sa vie. L’un des moyens pour se faire est d’oser. Oser repousser ses limites, oser être soi-même, oser choisir un milieu de travail plus adapté à vos capacités, vos besoins et vos aspirations tel que l’a fait Julie! À chaque fois que vous osez, vous prenez de plus en plus conscience que vous avez toutes les capacités nécessaires pour réaliser vos rêves!

Je vous invite à visiter le site internet Répit chez Julie pour découvrir cette magnifique ressource!

Mélanie Touzin

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